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Lien le premier jour du reste de ta vie

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         Ce soir, France 2 nous a proposé Le Premier jour du reste de ta vie, et comme je voulais le voir depuis un certain temps je me suis précipité dessus. J'ai beau avoir énormément de mal avec les films français, je sais quand même admettre quand l'un d'entre eux est une bombe. Celui-ci, sorti en , en est vraiment une. Le réalisateur m'avait déjà incroyablement surpris avec Ma Vie en l'air en , superbe film plein de finesse, d'humour et de poésie. Je n'avais donc pas de raisons de douter pour celui-là. Le synopsis promettait déjà un film intéressant et c'est bien ce qu'on a eu. Le film nous présente une famille de cinq personnes. En l'espace de 12 ans, cette famille va vivre 5 jours importants, cinq dates qui vont changer le cours de leur vie.

          Attention, cet article révèle le film dans ses détails.

 

Indice Spoiler :  

 

 

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            Quelle merveille ! Je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi bon. D'ailleurs, je partais avec un a priori plutôt négatif, et j'en suis finalement ressorti comblé et même ému. Rarement un film français n'a été aussi percutant, aussi vrai. C'est bien simple, on a l'impression de suivre une famille qu'on connait depuis toujours, tant on s'attache directement aux personnages. Le réalisateur Rémy Bezançon est visiblement balaise dans ce domaine puisque Ma Vie en l'air donnait la même impression avec le fabuleux Vincent Elbaz, et accessoirement Marion Cotillard et Gilles Lellouche. Sauf que là, au lieu de s'appuyer uniquement sur un personnage, il prend le risque d'en traiter 5 d'un coup. Avec une journée pour chacun d'entre eux. Résultat : c'est sacrément réussi, bourré d'humour, d'intensité dramatique. Il ressort de ce film quelque chose de vrai, de réel. On a ici la vision d'une famille extrêmement réaliste, des types de personnes très attachants qu'on pourrait rencontrer tous les jours, des personnalités que certains ont sûrement même déjà connu. Les personnages passent par des étapes de leur vie que tout le monde finira par connaître, ce qui rend les sujets abordés finalement banals, mais c'est là que réside la force du Premier jour du reste de ta vie. A travers chacun des 5 membres de la famille Duval, il y a de grandes chances qu'on parvienne à s'identifier à l'un d'entre eux, au moins un peu, ce qui fait que le réalisateur ne perd jamais notre attention. C'est vraiment très fort.


          Même si on a une légère incohérence temporelle (les personnages ne vieillissent presque pas en 12 ans), on s'en fout ! Il est très difficile de rendre des personnages aussi attachants en ne traitant que 5 jours de leur vie, et pourtant, le pari est gagné haut la main. Ce cinéaste a vraiment du talent, je vais maintenant le suivre de plus près. Le film est chronologique (à part un flashback et quelques images de leur enfance), ce qui rend les choses faciles à suivre et totalement cohérentes. Et même si la trame est linéaire, la façon de monter les images est originale et intéressante. Le film se découpe en 5 chapitres, et je propose de les commenter un par un.



          Mercredi 24 Août - Les chiens de faïence


          Le film commence par l'un des personnages qui sera au final le moins charismatique de tous (à mon goût) : Albert, interprété par Pio Marmai. La famille se confronte, ce jour-là, au départ du fils aîné de la famille, qui à 20 ans est bien décidé à prendre une petite chambre de bonne au-dessus de l'appartement de son grand-père. C'est un événement que tous les parents sont destinés à subir et l'effet de ce départ change la vie de toute la famille. Tout d'abord d'Albert, bien évidemment, qui voit ce déménagement comme une sorte de liberté. Visiblement heureux d'avoir fui le cocon familial, il semble fou de joie à l'idée de vivre seul, même si ça fait du mal à sa mère, encore très attachée à son fils. Il est difficile de voir partir son "bébé". Pour le reste de la famille, et surtout pour la mère Marie-Jeanne, ce départ est déchirant, synonyme d'une chaise vide autour de la table à manger. L'absence d'Albert, après 20 ans de cohabitation, lui fait un petit choc. Sentant qu'elle va commencer à se retrouver seule chez elle, elle décide de reprendre ses études. Ce qui fait doucement rire les autres membres de la famille mais cache quand même un mal-être profond. Elle a toujours du mal à accepter que celui-ci parte aussi tôt de la maison, alors qu'il a encore une grande chambre pleine d'espace. De plus, ce manque soudain d'un élément de la famille vient bouleverser l'ordre hiérarchique familial, le frère et la soeur se battant pour obtenir la chambre d'Albert et occuper ainsi la place de l'aîné. Finalement, Robert s'imposera en chef de famille parfait en tranchant la question : cette chambre deviendra son bureau, où il entreposera ses vinyles. Le plus grand bouleversement, outre Albert, sera donc pour Marie-Jeanne qui va certainement avoir du mal à se remettre du départ de son fils. Mais, bien évidemment, le changement est bien plus radical pour Albert. C'est un personnage assez difficile à cerner car il se montre clairement violent et rempli de haine, notamment à l'égard de son père mais aussi de son frère Raphaël, alors qu'ils semblaient si bien s'entendre étant jeunes. Le départ précipité d'Albert peut être vu comme une fuite, pour échapper à une atmosphère familiale qui ne lui satisfait plus. Très rancunier, il en veut visiblement à son père bien qu'on ne comprenne pas entièrement pourquoi. Même si le garçon va bien réussir dans la vie, il va vite se rendre compte qu'il a commis de nombreuses erreurs. Vis-à-vis de sa famille mais également de la femme qu'il a épousé et avec qui ça finira par ne plus aller. Bref, ce personnage est pour moi le moins intéressant. Son histoire démarrait bien, puisqu'il venait de faire la connaissance d'une voisine très originale et un peu loufoque. Mais rapidement, le personnage agace, toujours énervé et haineux envers son père qui n'est pourtant pas un mauvais gars.



          Vendredi 3 Décembre - Les liens du sang


          On continue alors, 5 ans plus tard, avec Fleur, la benjamine de la famille. Le jour de ses 16 ans, tout le monde a semble-t-il oublié son anniversaire (ce qui est très improbable, mais passons). Elle se confronte alors au passage à l'âge adulte, processus qui se fait naturellement face à sa mère. Fleur est jouée par Déborah François, une actrice ici excellente, qui représente à merveille l'ado un peu révoltée. Elle vit des moments difficiles, fait de mauvais choix (notamment en offrant sa virginité à un mec qui se fout totalement d'elle), choses qu'elle résume dans son journal intime. Elle sera touchée par le suicide de Kurt Cobain, comme énormément d'adolescents de l'époque, mais également la mort de Coluche et Gainsbourg, les icônes de l'époque. Elle cultive le cliché de la fille énervée qui se donne un look grunge sans vraiment savoir ce que c'est, claquant les portes. Pas vraiment d'intérêt à cette partie du film donc, même si elle reste intéressante et amusante à regarder. On a droit à quelques belles scènes assez symboliques, comme le moment où elle entre dans la chambre de son mec et referme la porte sur son enfance, symbolisée par sa propre image à 6 ans. C'est le moment décisif de sa vie, à partir duquel tout va changer. Comme elle l'écrit dans son journal intime, c'est alors le Premier jour du reste de sa vie. Beaucoup d'humour également, comme lorsqu'elle raconte à une amie de sa classe le moment de solitude qu'elle a eu avec les parents de son copain. Dans ce chapitre, on a l'occasion de revoir Albert, qui ne se gêne pas pour aller calmer le salaud qui a dépucelé sa petite soeur avant de la jeter, sans remords. Ca nous offre une scène assez mémorable et géniale. De même, c'est à partir de ce moment qu'on remarque le tempérament colérique de l'aîné, qui frappe le visage de son frangin Raphaël lors d'une soirée et est prêt à attaquer son père qu'il ne supporte apparemment plus.



          Samedi 22 Juin - Magic Fingers


          A mon goût l'une des parties les plus intéressantes du film, car le personnage traité est très attachant. Il s'agit du troisième enfant de la famille, Raphaël, un type aux cheveux longs, plutôt sympa, qui ne sait pas vraiment quoi faire de sa vie. Cette partie du film est intéressante car elle permet déjà de traiter un personnage supplémentaire : le grand-père Pierre. Oenologue, il transmet à Raphaël tout son savoir sur les vins, tous les samedis depuis 3 ans. Alors que ce dernier se remémore une dernière fois le souvenir de sa défunte femme, ce jour va être synonyme de sa mort. Un décès qui tombe très mal puisqu'il arrive exactement le jour du mariage du frère aîné, Albert. Ce qui devait être une partie de joie se transforme en drame, accentué par le père de famille qui décide d'annuler la fête du mariage. Une raison de plus pour Albert d'haïr son père et de disparaître pendant un an. On a alors un léger moment d'émotion, lorsque Robert se rend compte que son père l'aimait, puisqu'il gardait constamment dans son porte-feuille une photo de lui. Cependant, tout l'intérêt de cette partie du film réside bien dans l'histoire du personnage Raphaël. A 25 ans, il revient chez lui pour le mariage de son frère et remet toute sa chambre comme il l'avait quittée, pour la nostalgie. C'est alors qu'on a un flashback, puisqu'on revient en A 18 ans, on apprend que le jeune homme avait rencontré une femme, Moira (jouée par la charmante Camille de Pazzis) lors d'une soirée de Air Guitar. D'ailleurs, ce flashback est également l'occasion de nous montrer un côté de Robert qu'on connaissait encore mal : son goût prononcé pour le rock'n'roll. Bref, toute cette intrigue autour du numéro de téléphone perdu par Raphaël est prenante et touchante, "mignonne" j'ai envie de dire. C'est un moment qui est probablement arrivé à beaucoup de monde : essayer de recontacter quelqu'un après l'avoir perdu de vue pendant des années. Cependant, et c'est triste, le jeune homme ne retrouvera certainement jamais celle qui l'a charmé dès le premier regard, coup de foudre qui fut réciproque. On se dit que c'est trop bête. Quoiqu'il en soit, Raphaël et son grand-père auront tous les deux "remonté le temps" ce jour-là, chacun se rappelant le visage de l'amour de leur vie. C'est abordé ici avec beaucoup de sensibilité et de frisson. Pour finir, ce personnage est intéressant car, en opposition à son grand frère, il a du mal à démarrer dans la vie. Le mot qui le caractérise : la procrastination (c'est fou comme je me suis identifié au personnage, haha ! Hum). Eternel rêveur, il ne se préoccupe pas vraiment de son avenir, plus ou moins charmé par le souvenir d'une jeune femme qu'il a vu à peine 5 minutes et dont il est tombé amoureux. Jusqu'à ce que le déclic opère et qu'il décide de prendre sa vie en main (passage symbolisé par le fait de couper ses cheveux). Quant à l'acteur Marc-André Grondin, il est tout simplement génial d'un bout à l'autre. Je ne le connaissais pas (oui, Mona, il faut que je voie C.R.A.Z.Y. !) mais je l'ai trouvé très surprenant et naturel.



          Vendredi 25 Septembre - Si la Terre tourne, tu tournes avec elle


          Le film se tourne alors plus particulièrement sur les parents de la famille avec Marie-Jeanne. Elle est interprétée par Zabou Breitman, que j'ai tout juste découverte ce soir. Elle encore une fois, j'ai trouvé cette actrice absolument géniale. Avec ses airs de Chantal Lauby (tout comme Pio Marmai a des airs de Vincent Elbaz et Marc-André Grondin de Romain Duris), elle est passionnante et pleine de talent. Elle nous offre un personnage sensible, en pleine crise de la cinquantaine, qui doute de son physique et de sa capacité à plaire encore aux hommes, notamment à son mari. On a d'ailleurs droit à une scène assez comique avec Gilles Lellouche en rasta totalement défoncé. La mère de famille a beaucoup de mal à accepter que ses enfants grandissent. Tout ce qu'elle aimerait, c'est retourner en arrière afin de retrouver cette famille qu'elle a perdu. C'est difficile à vivre et c'est une étape de la vie qu'elle ne parvient pas à appréhender. Le pompon survient lorsque, très inquiète, elle lit le journal intime de sa fille et découvre qu'elle la connait assez mal. En plus de ça, elle remarque que sa propre fille la traite de "mal baisée", ce qui a le don de la remettre en question. Cette journée va bien changer sa vie, puisqu'elle va se poser des questions sur sa vie actuelle, envisageant même de faire de la chirurgie esthétique ou de tromper son mari. Mais, bien trop fidèle, elle n'ira pas jusque là. Complètement perdue, elle entre en conflit avec sa fille qui, à 21 ans, fait preuve d'une léger manque de maturité. Le drame survient : Marie-Jeanne a un accident de voiture et se fait hospitaliser, se qui remet les pendules à l'heure avec sa fille et son mari, qui réalise à quel point il a délaissé son "amour". Elle se réfugie dans l'art et prend des photos assez sympas il faut le dire, entamant même un trip à la Noah Kalina (si vous ne connaissez pas, allez voir ce lien, certainement l'une des meilleures vidéos du net de tous les temps). On ne sait d'ailleurs pas si elle continuera ce projet, mais ce n'est pas grave. Bref, je suis content d'avoir pu découvrir cette talentueuse actrice, enfin. Elle m'a beaucoup marqué.



          Vendredi 26 Mai - Notre Père


          Le film se termine alors sur un personnage super intéressant, le père de famille Robert. L'acteur Jacques Gamblin est tout simplement sensationnel. Il joue avec talent les scènes dramatiques, puisque le film se concluera sur une note assez déprimante, mais également la comédie. C'est dingue ce que le personnage a pu me faire rire, avec pourtant des remarques à deux balles du genre "si les graines germent dans mon estomac, elles ressortiront par mon trou du cul !". C'est le genre de trucs qu'on imagine bien dire aux membres de notre famille proche, le genre de répliques qui donnent de la crédibilité et du réalisme à ce film. De même, l'histoire qu'il raconte à ses fils à propos des poils pubiens est hilarante, et montre d'ailleurs que Robert a gardé un esprit jeune. Cependant, c'est également pour lui le pire jour de sa vie. Alors qu'il n'a jamais pu arrêter de fumer, même sous les conseils de son fils, il a rendez-vous chez le médecin et on voit clairement que ça ne va pas. Même si François Xavier-Demaison fait le pitre en mimant des scènes d'Apocalypse Now (ce qui, entre nous, est un peu too much et pas très drôle), le ton vire au drame rapidement. Ce qui est beau avec cette partie du film, c'est qu'une fois de plus les personnages sont confrontés à un événement que tout le monde finira par connaître un jour : le décès de son père. Le gros point fort de ce film est de ne jamais tomber dans le mélo-dramatique et surtout, de rester le plus subtil et le plus implicite possible. Jamais le mot "cancer" ne sera prononcé, mais tout le monde l'aura bien compris. On a plusieurs scènes d'émotion, comme lorsque Marie-Jeanne dégonfle le coussin de son mari dans la voiture, symbole du dernier souffle de celui-ci, ou quand la famille répand les cendres du malheureux au bord de la mer. Le film se conclut d'ailleurs avec l'une des musiques les plus déprimantes qu'il m'aient été donné d'entendre : Perfect Day, de Lou Reed. J'avais découvert cette musique dans le magnifique Trainspotting (et il faut néanmoins avouer que la musique était encore plus grandiose et plus conforme à l'ambiance de celui-là), et j'ai été ravi de la réécouter ici, alors que je ne m'y attendais pas vraiment. On sent toute l'émotion de la famille, qui pourtant ne prononcera pas un seul mot sur la tragédie. Mais l'émotion est palpable et ça rend ce film très beau et habile. Ce décès va, une fois de plus, changer la vie de tout le monde. Heureusement, Albert a réussi à renouer le dialogue avec son père avant qu'il ne puisse plus jamais le faire. Ceci se fait à l'arrière du taxi de Robert, et ça donne lieu à une très belle scène. On remarquera aussi que, lorsque Marie-Jeanne appelle son fils Raphaël pour lui annoncer la nouvelle, celui-ci se trouve dans un bar de musique. Pendant à peine une seconde, on aperçoit sur l'écran le visage de Moira, la jeune femme qu'il avait perdu de vue depuis 11 ans. On ne saura jamais s'il était au courant de la présence de l'amour de sa vie ici, mais toujours est-il qu'une fois de plus, la malchance va l'emmener loin d'elle. C'est assez triste, quand on y repense.




         Pour conclure, ce film est tout simplement magnifique et j'espère qu'on a été nombreux à le découvrir ou (pour d'autres) le revoir ce soir. Un excellent film français comme on en fait très peu, mais qui brille par sa sincérité, sa poésie, son émotion et son réalisme. Du très beau cinéma. Je vous laisse avec la sublime composition de Lou Reed, très puissante (même si je l'ai trouvé beaucoup plus percutante dans Trainspotting). Des putains de superbes frissons.





        Voir aussi :Trainspotting (BO).





 

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