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MĂĄrcia Abreu & Marisa Midori Deacto (org.)

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Circulation Transatlantique des ImprimĂŠs


INSTITUTO DE ESTUDOS DA LINGUAGEM

LA CIRCULATION TRANSATLANTIQUE DES IMPRIMร‰S - CONNEXIONS

Mรกrcia Abreu & Marisa Midori Deaecto


Fiche catalographique prepare par la bibliotèque de l´ Institut d´Etudes de la Langage Université de Campinas Bibliothèque de l´ Institut d´Etudes de la Langage Teresinha de Jesus Jacintho - CRB 8/

C

La circulation transatlantique des imprimés [ressource électronique]: connexions / Orgs.: Márcia Abreu et Marisa Midori Deacto. -- Campinas, SP: UNICAMP/IEL/ Secteur des Publications, 1 ressource électronique (p.): fichier numérique, (s) PDF. ISBN Mode d’accès: World Wide Web 1 Livre . Histoire XIXème siècle. 2. Presse periódique Histoire XIXème siècleÉditeurs et maisons d´éditions Histoire XIXème siècle. 4. Culture et de la mondialisation XIXème siècle. 5. Géographie Recherche. I. Abreu, Márcia. II. Deaecto, Marisa Midori.

CDD:


INDEX 07

presÉntATIoN Márcia Abreu & Marisa Midori Deaecto 1ERE PARTIE: GENS eT LivrEs entre dEUX Continents

15

Brésil, Portugal et France: la circulation des idées politiques et culturelles au moyen de ceux qui négocient les livres () Lúcia Maria Bastos P. Neves e Tania Maria Bessone da Cruz Ferreira

25

Hommes, livres, techniques et idées : parcours France – Brésil, Claudia Poncioni

33

La librairie Garnier au Brésil: cette histoire se fait avec des hommes et des livres Lúcia Granja

43

La France et les échanges transatlantiques au XIXe siècle Marie-Claire Boscq

55

De la Démocratie en France, de François Guizot: traduction et réception dans le monde ibérique Marisa Midori Deaecto

65

Portugal in the world: Phileas Lebesgue and the Republic of the Men of Letters () Adelaide Maria Muralha Vieira Machado


73

Au début, le Recreio João Luís Lisboa

79

Sur les itinéraires des hommes du livre en Europe e au Brésil Jean-Yves Mollier 2 EME PARTIE: LA CIRCULATION TRANSNATIONALE DE LA LITTERATURE

91

Une communauté lettrée transnationale Márcia Abreu

Libertine Readings in Portugal and Brazil (c. - ) Luiz Carlos Villalta

a) Portugal, le monde lusophone et le roman français: traductions, traducteurs et le contexte plus large,

b) Portugal, the Lusophone World and the English Novel: translations, translators and the broader context, James Raven

Connexions: Alexandre Dumas, publications en France, au Portugal et au Brésil Maria Lúcia Dias Mendes

indices de la circulation d’imprimés dans O pão da Padaria Espiritual, Fortaleza, Leonardo Mendes

La place de la critique littéraire dans la Revista Brasileira (); le naturalisme dans la rubrique « Bibliografia » Pedro Paulo Garcia Ferreira Catharina


3 EME PARTIE: JOURNALISME, POLITIQUE ET CULTURE

A Ilustração (): quelques questions théoriques et méthodologiques Tania Regina de Luca

Proposition d’une méthodologie pour l’étude du rapport entre littérature et mode au XIXème siècle, dans une perspective transnationale, à partir de magazines de mode et de la photographie Ana Cláudia Suriani da Silva

Brazilian transitional periodical journalism in the dynamics of the transatlantic circulation of the press José Augusto Santos Alves

L’empereur de Brésil et la presse française sous la monarchie de juillet Isabel Lustosa

L’édition intitulée Edição Quinzenal Ilustrada (): l’expérience éditoriale du Jornal do Brasil au Portugal Júlio Rodrigues da Silva

Civilization conflict or publising market? Brazil and Portugal on the pages of Revista Brasileira (2nd phase ) Mateus Pereira e Mauro Franco

Le Brésil dans les pages de l’Annuaire des Deux Mondes : une description Kátia Aily Franco de Camargo

La presse française au Brésil au tournant du XXe siècle - réseaux et connexions Valéria Guimarães


4 EME PARTIE: COLLECTIONNISME ET PRATIQUES DE LECTURE

Penser les Livres de la Marquise d’Alorna () Vanda Anastácio

Un instantané présent d’un fonds du passé Valéria Augusti

Voyages de lecture. Le Brésil dans les livres et imprimés français d’enfance et de jeunesse du XIXe siècle Andrea Borges Leão

“Des oiseaux élevés dans les mêmes nids”: books and connections in the school microcosm of 19th century Rio de Janeiro José Cardoso Ferrão Neto 5 EME PARTIE: OFFENBACH ET LA QUESTION DE LA CIRCULATION MONDIALE D’UN REPERTOIRE MUSICAL

L’opéra-bouffe offenbachien : quelques pistes pour l’étude de la circulation mondiale d’un répertoire au XIXe siècle Jean-Claude Yon

Offenbach à Lisbonne à la fin du XIXe siècle, entre attraction et répulsion Graça dos Santos

Offenbach et le public brésilien () Orna Messer Levin

Offenbach à Rio: La fièvre de l’opérette dans le Brésil du Segundo Reinado Anaïs Fléchet


présentation

La Circulation transatlantique des imprimés - Connexions est fruit d’un colloque qui a réuni des chercheur d’Europe et du Brésil, entre le 27 et le 29 août , à l’Université de Sao Paulo, dans le but de présenter et de discuter les résultats préliminaires obtenus par les chercheurs participant au Projet de coopération internationale La Circulation transatlantique des imprimés - la mondialisation de la culture au XIXèmesiècle.1 Tâche à la fois ardue et stimulante intellectuellement, comme le lecteur pourra l’observer. Ce recueil compte 32 études, regroupées en cinq sections thématiques, qui couvrent des réalités et des formes multiples de connexion relatives à la production culturelle du Brésil, du Portugal, de l’Angleterre et de la France, entre la fin du XVIIIème siècle et le début du XXème siècle (). Les chercheurs ne se sont pas seulement souciés de présenter les résultats préliminaires de leurs réflexions, ils ont également voulu mettre à disposition les données recueillies lors de leurs recherches parmi les sources primaires, qui sont présentées en annexe à plusieurs de ces textes. De cette manière, le lecteur peut suivre, presque « en direct », le processus de réalisation d’une recherche à dizaines de mains sur un thème nouveau, qui fait surgir de nouvelles questions et de nouvelles interprétations. Dans la « Partie 1 : hommes et livres entre deux continents », ainsi que le titre l’énonce, sont réunies les études dont le point central est la production et la circulation des livres par leurs divers agents. Les connexions qui rapprochent la France, le Portugal et le Brésil sont la tonique de cet ensemble de travaux. Curieusement, la thématique politique se révèle également un point commun entre les recherches développées par Lúcia Bastos et Tânia Bessone (portant sur Rio de Janeiro, à l’époque de la formation de l’État national - de à ) et celle de Cláudia Poncioni (centrée sur l’axe Recife - Paris et sur la réception des techniques et des idées en circulation, au milieu du XIXème siècle). Le thème classique « intellectuels et classes politiques » est revisité par Marisa Midori Deaecto et Adelaide Machado, pour les cas brésilien et portugais, prenant la France comme point de départ des aspirations à l’État libéral et, dans le cas portugais des années , républicain. Le projet est financé par la FAPESP, le CNPq, FAEPEX-UNICAMP et l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. 1


Les recherches de Marie-Claire Boscq et Lúcia Granja, pour leur part, privilégient les libraires et éditeurs français qui ont pris part au commerce transatlantique des imprimés au XIXème siècle. Il s’agit d’un domaine notablement fertile pour des recherches sous diverses perspectives - de l’économie à la littérature - ; qu’il suffise de rappeler que les bibliothèques et les archives françaises renferment une abondance de documents encore inédits qui nous permettent de connaître de manière plus précise le rôle des agents français au Brésil, comme le montre la recherche de Lúcia Granja sur la prestigieuse librairie - maison d’édition de Baptiste-Louis Garnier. Le travail de João Luis Lisboa, intitulé, de manière suggestive, « Au début, le Recreio », présente des données tirées d’une recherche plus vaste, concernant l’ « Entreprise éditrice Recreio », qui a fonctionné à Lisbonne entre et , et a édité une série de publications de caractère populaire qui étaient parmi les plus diffusées, non seulement au Portugal comme dans d’autres parties de l’Europe et des Amériques. Pour terminer cette section, Jean-Yves Mollier présente un exercice de synthèse historique, partant des migrations qui ont conduit à l’installation de libraires français - de Briançon, en majeure partie - dans d’autres parties du continent, à la fin du XVIIIème siècle, jusqu’aux mouvements expansionnistes d’une industrie éditoriale française déjà consolidée, qui ont conduit les nouveaux venus de l’édition en Amérique. Comme l’affirme l’auteur, ces déplacements ont favorisé de nouvelles pratiques de consommation culturelle, qui ont enrichi et dynamisé l’économie atlantique durant le dernier quart du XIXème siècle. Cette proposition de synthèse historique ne dérive pas que d’une vision d’ensemble du développement du marché éditorial au cours du « long XIXème siècle », mais également de la mise en pratique d’un concept clé, celui de « transfert culturel » tel que proposé par Michel Espagne. Dans la « Partie 2 - La circulation transnationale de la littérature » sont réunis des textes qui examinent la circulation et la réception d’œuvres littéraires, spécialement le roman, qui semble avoir été l’un des genres qui ait suscité le plus grand intérêt des lecteurs des deux côtés de l’Atlantique au cours du XIXème siècle. Márcia Abreu se concentre sur les réactions des lettrés aux récits fictionnels, observant une notable synchronie entre les évaluations réalisées en Europe et celles faites au Brésil, ce qui s’explique par la circulation de livres et revues qui diffusaient mondialement certaines manières de voir et d’évaluer la littérature et les romans. Luiz Carlos Villalta montre également l’existence de connexions entre les manières de lire au Portugal et au Brésil, centrant son observation sur les livres libertins ou, plus spécifiquement, sur l’appropriation libertine d’écrits aussi divers que la Bible et des textes politiques. La circulation transatlantique des textes est également l’objet de Maria Lúcia Dias Mendes, qui se concentre sur la présence des écrits d’Alexandre Dumas en France, au Portugal et au Brésil, examinant les circuits qui conduisent les ouvrages d’un lieu à l’autre et le temps mis à les parcourir. Le texte est accompagné de précieuses annexes fournissant des informations sur la publication des éditions originales en France et de leurs 8


traductions au Portugal et au Brésil. James Raven introduit une nouvelle variable dans la discussion en considérant la circulation littéraire entre le Portugal et le Royaume Uni, observant la présence d’ouvrages et de thèmes lusitaniens dans le monde éditorial anglais. Le texte de Raven, comme celui de Dias Mendes, comporte une annexe intéressante où sont répertoriés les romans publiés en anglais dont les thèmes et les personnages proviennent du Portugal. Les rapports entre lettrés de différentes parties du monde sont examinés par Pedro Paulo Catharina, qui observe les textes critiques publiés dans la Revista Brasileira entre et , identifiant leur origine et analysant les manières dont ils sont commentés. Catharina met en évidence le rôle du critique José Veríssimo comme médiateur entre le marché éditorial et les lecteurs, ainsi qu’entre ce qui se publie et se commente à l’étranger et ce qui se fait au Brésil. Étudiant, lui aussi, la fin du siècle, tout en y ajoutant un nouveau point d’observation, Leonardo Mendes examine la présence d’imprimés de diverses provenances à Fortaleza à la fin du XIXème siècle, portant son attention sur les lectures et les références littéraires des jeunes artistes réunis dans l’association qu’eux-mêmes appelaient la Boulangerie spirituelle. L’analyse de Le pain, périodique publié par les jeunes, révèle l’intense circulation de livres, revues et brochures entre les différentes régions du Brésil et entre celles-ci et l’étranger. La « Partie 3 - Presse périodique, culture et politique » renferme le plus grand nombre de contributions. On y analyse un ensemble de questions déjà beaucoup débattues depuis que l’on conçoit le journal comme un instrument d’opinion. À partir de sources telles que journaux, revues, magazines et feuilletons, outre les multiples genres qu’il convient de qualifier d’ « éphémères », en opposition évidente, mais pas toujours juste, aux livres. Les deux premières contributions, de Tania Regina de Luca et Ana Claudia Suriani se tournent vers des questions méthodologiques : la première se concentre sur les représentations socioculturelles inscrites dans un projet éditorial déterminé, alors que la seconde est centrée sur la question de la mode dans la presse spécialisée. Les auteurs relèvent le défi de les penser globalement, situant des valeurs et des conceptions d’aspect apparemment national ou local sur une échelle mondiale. Les questions luso-brésiliennes sont examinées dans les études de José dos Santos Alves, Júlio Rodrigues da Silva, Mateus Pereira et Mauro Franco. Le premier offre une lecture de la Révolution de Porto et de l’Indépendance du Brésil dans les périodiques portugais, alors que le second analyse le conflit diplomatique entre le Portugal et le Brésil à la fin du XIXème siècle, à travers les pages du périodique lisboète Jornal do Brasil : Edição Quinzenal Ilustrada (). Mateus Pereira et Mauro Franco, pour leur part, se penchent sur l’idée de civilisation (ou civilisations) d’après le regard de brésiliens et de portugais qui publiaient dans les pages de la Revista Brasileira (). Les échos français ne se font pas entendre que dans les périodiques brésiliens, où des sections destinées aux « choses de France » étaient constantes, mais également dans la presse 9


en langue française qui circulait dans diverses capitales brésiliennes. L’étude de Jacqueline Penjon porte sur les connexions qui s’établissent entre le Brésil et la France dans le domaine de la littérature et des arts à partir de ces publications et de la trajectoire de leurs rédacteurs. L’auteur se base sur la lecture de la Revue française et s’appuie également sur la consultation des journaux Le Messager et L’Écho français. Kátia Aily Camargo, pour sa part, étudie les multiples faces du Brésil dessinées dans les pages de l’Annuaire des Deux Mondes entre et Dans le même sens, Isabel Lustosa analyse la présence de Dom Pedro I dans la presse périodique française publiée à Paris, où le premier empereur du Brésil a vécu en Abordant également les pratiques de la presse périodique, Valéria Guimarães étudie la circulation des journaux français au Brésil au tournant du XIXème au XXème siècle, dans le but de comprendre les conséquences de ce dialogue pour le développement du journalisme. Deux autres parties plus petites concluent le présent volume. Plus petites par le nombre de contributions, mais certainement pertinentes dans l’ensemble du projet qui oriente ces recherches. Comment, en fin de compte, penser la circulation des imprimés qui, en dernière instance, culmine dans la circulation des savoirs, sans prendre en compte la question des bibliothèques, lesquelles réunissent en un seul lieu la production de différents temps et espaces ? Connaître une collection implique que l’on s’interroge sur les matrices intellectuelles ou culturelles qui lui ont donné corps, comme le montre les recherches de Vanda Anastácio, Maria Eulália Ramicelli et Valéria Augusti, qui examinent les fonds constitués au Portugal, au Rio Grande do Sul et au Pará, respectivement. Ce sont aussi des bibliothèques, réelles ou imaginaires, que composent les ouvrages de formations étudiés par Andréa Borges Leão, qui examine la présence de la « littérature juvénile » et la notion même de jeunesse. De manière semblable, José Ferrão plonge dans l’univers scolaire. La « Partie 5 - Offenbach et le problème de la circulation mondiale d’un répertoire musical » réuni quatre recherches qui réalisent une étude de cas sur le phénomène de la diffusion des opérettes d’Offenbach. Son objectif est de comprendre les liens établis au moyen de la circulation des artistes et, principalement, des œuvres qu’ils mettaient en scène dans les pays où il y avait une vie théâtrale, remarquant la suprématie du répertoire français dans tous ceux-ci, ainsi que le montre le travail de Jean-Claude Yon. On ne doit cependant pas comprendre cette suprématie comme une acceptation aveugle, ainsi qu’on le voit dans le texte de Graça dos Santos, qui examine les mouvements d’attraction et de répulsion de la production d’Offenbach à Lisbonne à la fin du XIXème siècle. Les tensions entre élément étranger et national sont aussi analysées par Orna Messer Levin, qui présente les disputes à Rio de Janeiro au milieu du XIXème siècle, dans le contexte de la création et de l’affirmation d’un répertoire brésilien. Cette tension, comme le montre ce chapitre, a été productive, donnant lieu à des recréations et à des appropriations locales d’une production qui circulait dans le monde entier. Anaïs Fléchet complète le tableau, étudiant la présence de troupes 10


françaises à Rio de Janeiro et la réception dans cette ville de la figure d’Offenbach, auteur très présent dans les périodiques brésiliens du milieu du siècle. Ainsi, davantage que la rencontre en chair et en os de chercheurs d’universités du Nord et du Sud du Brésil qui font équipe avec des chercheurs du Portugal, de France et d’Angleterre, le colloque « La Circulation transatlantique des imprimés - Connexions » et cette publication qui en résulte constitue un pas important pour la compréhension de la circulation d’idées, de personnes et de supports de l’écriture par-delà les frontières nationales et régionales. Cela ne veut cependant pas dire que ces repères aient perdu de leur importance. Ainsi, les États et les territoires, les seconds bien plus que les premiers, constituent le lien nécessaire à l’identification des phénomènes d’ordre politique ou culturel étudiés par les chercheurs de ce groupe. Les analyses présupposent toutefois que les frontières se présentent moins comme un facteur explicatif que comme un point de départ pour la réflexion. Elles rapprochent autant qu’elles éloignent les éléments comparés, selon le point d’observation et les objectifs à atteindre. Le caractère transnational de la recherche s’exprime aussi par la cohabitation des langues dans cette publication, où l’on trouve des textes en portugais suivis de leur traduction en anglais ou en français. Dans cette grande mer au travers de laquelle ces écrits ont navigué dans un sens et dans l’autre - notons que la perception même d’un là-bas et d’un ici dépend d’un port, d’un phare à partir duquel on regarde ou vers où on se dirige -, les études ici réunies forment une étape vers une meilleure compréhension des connexions d’hommes, d’idées et d’un enchevêtrement de supports imprimés. Ce volume présente, enfin, une étape préliminaire de ce long voyage - voyage qui a déjà un passé mais qui, comme il arrive aux bons navigateurs, ne perd pas de vue les coordonnés des nouvelles voies qui s’annoncent. Márcia Abreu & Marisa Midori Deaecto

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1ERE PArtIe

GENS e T LivrEs entre dEUX Continents


Brésil, Portugal et France: la circulation des idées politiques et culturelles au moyen de ceux qui négocient les livres1 () Lúcia Maria Bastos P. Neves

(Universidade Estadual do Rio de Janeiro)

Tania Maria Bessone da Cruz Ferreira

À

(Universidade Estadual do Rio de Janeiro)

la fin du XVIIIème siècle, la ville de Briançon, fortification remodelée par Vauban au service du roi Louis XIV, se distinguait des autres villages de la région, tous entourés de montagnes formant une vallée qui suivait l’ancienne route d’Italie. Ces villages, La Grave, Le Monêtier-les-Bains, Le Bez, La Salle-les-Alpes, composés de maisons simples aux toits inclinés et de vieilles églises en bois, constituent des éléments importants pour ceux qui veulent étudier le commerce des livres dans le monde luso-brésilien entre la fin du XVIIIème et le début du XIXème siècles. Pendant cette période, si d’un côté la géographie rendait cette région militairement stratégique, dans la mesure où elle était le passage obligatoire pour les marchands qui faisaient le commerce entre l’Italie, la France et la Suisse2, de l’autre, elle repoussait tout excès populationnel en dehors de ce milieu inhospitalier, vers des lieux plus favorables. Ce fut le cas des Martin et des Bompard, mais aussi des Borel, Reycend, Bertrand, Rolland, Aillaud, Faure, Rey, Gravier, Bonnardel. Ces familles s’installèrent alors à Naples, Milan, Gênes, Paris, Barcelone, Lisbonne; certaines arrivèrent même à Rio de Janeiro. En gardant leurs liens d’origine et en se mariant entre elles, ces familles créèrent des réseaux de relation et d’information indispensables à l’exercice du commerce à cette époque En portugais d’époque, qui “tratam em livros”, expression signifiant alors libraire, selon Antonio de Moraes Silva, Diccionario da Lingua Portugueza, Lisboa, Typographia Lacerdina, , v. 2, p. 2 Laurence Fontaine, Histoire du colportage en Europe : XVème-XIXème, Paris, A. Michel, 1


où les communications étaient si difficiles. Leurs membres devinrent surtout des libraires. Probablement par « solidarité montagnarde », selon l’expression de Georges Bonnant3, les contemporains se groupèrent dans le commerce des livres, formèrent de « denses réseaux de relations commerciales » dans des espèces de grandes familles, comme l’a bien montré l’étude de Manuela Domingos4 sur les libraires du XVIIIème siècle au Portugal. Les documents sur les registres des naissances, des mariages et des décès montrent bien aussi cette solidarité, puisque c’étaient toujours ces mêmes libraires qui signaient comme témoins ces actes déjà laïcisés. Notre regard se tourne ici spécifiquement vers la famille Martin et, plus tard, vers ce briançonnais débarqué au Brésil, Jean-Baptiste Bompard. C’est donc par l’histoire de ces deux familles, liées par des liens de parenté et d’affaires, que nous allons analyser la circulation des livres entre les deux côtés de l’Atlantique. L’importance de ces deux familles de libraires pour la structuration des pratiques culturelles et politiques au Brésil dans les premières décennies du XIXème reste pourtant à démontrer. D’après les registres paroissiaux et les informations des historiens5, la famille Martin était déjà établie à Lisbonne avec un magasin de livres depuis Paulo Martin père s’était auparavant associé à un autre libraire briançonnais – les frères Borel, ce qui montre la solidarité entre les familles alliées depuis des générations. On peut aussi trouver d’autres preuves de ces relations avant, puisque son père, Alexandre Martin, se maria en , à La Salle, avec Catherine Bompard. Cinq ans plus tard, donc en , Paulo Martin père contracta mariage avec la veuve de Borel, Maria Madalena Bompard (La Salle, ), ayant pour témoins la mère du libraire et un autre descendant de la famille Bompard. En , Paulo Martin père rentra dans son pays natal pour faire baptiser l’une des filles d’Hyacinthe Borel, laquelle se maria plus tard avec le frère aîné de Jean-Baptiste Bompard, ce qui montre bien que l’on gardait toujours les relations de famille. De l’union de Paulo Martin père et de Maria Madalena Bompard naquirent cinq enfants, dont Paulo Martin Filho, qui vint à Rio de Janeiro comme caissier mais qui devint plus tard l’un des libraires les plus importants de la ville. Paulo Agostinho Martin obtint son passeport en octobre et arriva ici probablement début , à l’âge de 20 ans. Les autorisations G. Bonnant, “Les libraires du Portugal ao [sic] XVIIIème siècle vus à travers leurs relations d’affaires avec leurs fournisseurs de Genève, Lausanne et Neuchâtel », Arquivo da Bibliografia Portuguesa, Coimbra, (6) : , jan-juin 4 Diogo Ramada Curto, Manuela Domingos et al., As gentes do livro, Lisboa, século XVIII, Lisboa, Biblioteca Nacional, , pp. 5 Pour les registres, voir Fernando Guedes, Os livreiros franceses em Portugal no século XVIII. Tentativa de compreensão de um fenômeno migratório e mais alguma história, Lisboa, Academia Portuguesa da História, et Diogo Ramada Curto, Manuela Domingos et al., op. cit., p. 6 Arquivo Histórico Ultramarino, Códice , Passaportes , fl. 3

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d’expédition de livres à Rio de Janeiro, délivrées par la Real Mesa Censória au Portugal, nous permettent d’affirmer qu’il s’y établit comme libraire au début du XXème siècle et qu’il y vendit plusieurs oeuvres pour le compte de son père. Il était courant dans ce monde du commerce des livres la consolidation des liaisons familiales, utilisées par les intéressés dans divers lieux de l’Amérique, constituant de vrais « réseaux financiers » grâce à leur importance et à leur étendue. Sont assez nombreux les titres retrouvés dans ces commandes, arrivant à , avec les répétitions, environ Groupés par thèmes, on constate une prédominance des oeuvres religieuses, telles que les Manuais de Missa, Horas Marianas, Catecismos e Imitação de Cristo (Manuels de messe, les Heures de Marie, les Catéchismes et l’Imitation du Christ), entre autres. Parmi les oeuvres philosophiques, il y avait La Logique de Condillac, os Pensamentos (les Pensées) de Pascal e Recreações Filosóficas (Récréations philosophiques) du père Theodoro d’Almeida, l’un des premiers associés de l’Académie des sciences de Lisbonne. Des oeuvres d’histoire, il y avait l’ História Universal (l’Histoire universelle) de Millot, a História de Portugal (l’Histoire du Portugal) de Laclède, une Revolução de França (Révolution de la France) (auteur anonyme) et la Vida de D. João de Castro (Vie de D. João de Castro) de J. Freire de Andrade. Les oeuvres de littérature étaient très variées, allant de (Paulo e Virgínia ) Paul et Virginie de Bernardin de St. Pierre aux Mil e uma Noites (Mille et une nuits), en passant par Marília de Dirceu, História de Gil Blas (Histoire de Gil Blas) de Lesage, Viagens de Gulliver (Voyages de Gulliver), Aventuras de Telêmaco (les Aventures de Télémaque) de Fénelon, le Paraíso Perdido (Paradis perdu) de Milton, les Lusíadas (Lusiades), diverses oeuvres du Bocage, le Théâtre de Voltaire, l’ Aviso ao Povo (Avis au peuple) de Tissot, l’ Orlando Furioso (Orlando furieux) de l’Arioste, les OEuvres de Racine et de Molière. Il y avait encore les Ordenações do Reino (Ordinations du Royaume), de divers dictionnaires en portugais, comme celui de Bluteau, français, anglais, et la Gramática Latina (Grammaire latine) de Verney, sans compter de nombreuses oeuvres scientifiques – de médecine, de chimie, d’histoire naturelle et d’arithmétique – ainsi que d’autres titres, ce qui confirme que la vente de livres à Rio de Janeiro visait au début certains domaines professionnels8. Il faut souligner que la famille Martin n’envoyait pas des livres uniquement à la librairie de Paulo Martin à Rio de Janeiro, mais aussi au Maranhão, au Pernambuco, à Bahia et au Pará9. Pour l’analyse de ces listes, voir Arquivo Nacional da Torre do Tombo, Real Mesa Censória. Exame dos livros para saírem do Reino para o Rio de Janeiro (Caixas a ). 8 Voir Maria Beatriz Nizza da Silva, A cultura luso-brasileira. Da reforma da Universidade à Independência do Brasil, Lisboa, Estampa, p. 63ss 9 Cf. Arquivo Nacional da Torre do Tombo, Real Mesa Censória. Exame dos livros para saírem do Reino para Bahia (Caixas ), Maranhão (Caixa ), Pará (Caixa ) et Pernambuco (Caixa ). 7

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Or les sources les plus riches concernant Paulo Martin sont pourtant en rapport avec la période postérieure à l’année , quand on peut alors consulter, outre les annonces dans les périodiques, les autorisations du Tribunal du Desembargo do Paço et les catalogues qu’il fit imprimer. Le premier dont on entendit parler apparut imprimé à la fin de l’oeuvre O Plutarco Revolucionário (Le Plutarque révolutionnaire) (). C’étaient des feuilles destinées à forger diverses représentations contre l’empereur des Français, Napoléon Bonaparte, ou bien à critiquer les Français, considérés comme des hommes grossiers et ignorants, sans principes, sans éducation et sans religion. Les textes furent en règle générale imprimés au Portugal, mais parfois réimprimés à Rio de Janeiro. Paulo Martin voulut divulguer ces oeuvres en profitant de la conjoncture historique des guerres napoléoniennes et des premiers succès du Portugal contre l’envahisseur français. En , deux catalogues établissaient déjà la relation entre certains livres et la préoccupation claire de critiquer le gouvernement absolu, d’expliquer aux nouveaux citoyens la vraie importance du système constitutionnel et de certains points fondamentaux du vocabulaire politique. De vieux mots gagnaient de nouveaux sens tels que liberté, souveraineté, élections, Constitution, alors que de nouveaux mots – citoyen et droits, entre autres – passaient à faire partie du quotidien de la société brésilienne grâce aux mouvements libéraux ayant eu lieu de l’autre côté de l’Atlantique. L’un de ces catalogues exhibait 89 titres dont presque 70% concernaient la politique. C’étaient des dialogues comiques au sujet du despotisme, des illustrations représentant des allégories relationnées à la Régénération portugaise, des portraits de certains députés portugais, ainsi que des oeuvres connues telles que le Werther de Goethe, celles du Bocage, História da Inquisição de Portugal, des livres sur la morale, la science économique, l’histoire et deux dictionnaires, alors que diminuait le nombre des livres religieux La plupart de ces oeuvres était venue du Portugal, du magasin de ses frères – Martin Frères –, puisque leur père était décédé en Il ne faut pas oublier que le nombre de livres imprimés au Brésil était alors très réduit puisque les premières typographies privées ne s’installèrent ici qu’à partir de L’Imprimerie royale [a Impressão Régia] ne parvenait donc pas à publier un grand volume d’oeuvres. Dans son ensemble, les oeuvres annoncées par Paulo Martin étaient imprimées en portugais et en français, mais on peut en citer aussi quelques unes en latin, ainsi que de curieux Spelling Books, « propres pour que la jeunesse apprenne la langue anglaise », vendus à 11 réis .

Notícia: Paulo: mercador de livres []. Rio de Janeiro, Impressão Régia, Gazeta do Rio de Janeiro, nº 43, 29 mai Il s’agit probablement de A Prononuncing Spelling Book : with Select Lessons in Prose and Verse, by G. Fulton and G. Knight, qui, en , était à la 5ème édition (Edimburg, Peter Hill, ). 10 11

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La négociation entre les Martin de Lisbonne et le Brésil se poursuivit même après la mort de Paulo Martin fin À Lisbonne il y avait de diverses commandes des Frères Martin entre et pour l’envoi de livres à ce côté de l’Atlantique, surtout à Rio de Janeiro mais aussi au Maranhão et à Bahia. Ces commandes totalisaient titres, avec plusieurs volumes, dont 43,70% de livres de beaux-arts, 21,60% de théologie, 17,58% de sciences et arts, 10,05% de jurisprudence et 6,53% d’histoire. Ainsi, en et en , après donc l’Indépendance, on gardait toujours l’habitude des années postérieures à l’arrivée de la Cour portugaise en Amérique quand on aviat la prépondérance des livres de belles lettres. Dans ce cas, il y avait un grand nombre de livres en latin, notamment ceux qui portaient l’expression ad usum Delphini, autrement dit « à l’usage du Dauphin » (pour l’éducation du fils du roi Louis XIV). Plus tard, ces expressions passèrent à indiquer les oeuvres imprimées destinées à l’éducation de la jeunesse, comme l’a démontré Márcia Abreu On trouve aussi dans ces commandes le registre de Dicionários, surtout celui d’Antonio Moraes Silva, probablement dans son édition de , vu que les listes ne comportaient toujours pas les bibliographies complètes, certaines ne faisant figurer que le nom de l’auteur. Il faut encore souligner qu’un seul livre de nouvelles y apparaît – – A Ilha Incógnita, ou memórias do cavaleiro de Gastines (), traduit de l’édition française de grand succès (L’isle inconnue, ou Mémoires du chevalier de Gastines), publié encore au XVIIIème siècle. L’intérêt pour ce grand nombre de titres en belles lettres aussi bien que pour un nombre significatif d’oeuvres scientifiques, artistiques et de jurisprudence s’explique fort probablement par la nécessité de livres pour l’éducation, puisque les premiers cours supérieurs commençaient à s’installer dans l’Empire du Brésil, tels que les cours de Droit en Il est pourtant surprenant de constater une nouvelle croissance du nombre de livres religieux ainsi que la diminution des oeuvres politiques et philosophiques. Deux hypothèses peuvent expliquer ces changements : la première, c’est que vu l’absence d’une censure plus rigide au Brésil à ce moment, plusieurs livres politiques étaient publiés ici et d’autres étaient importés directement de France; la deuxième, l’expansion de l’enseignement religieux à cause de l’ouverture de nouveaux séminaires justifiaient cette augmentation. Il est vrai que sur ces listes on ne trouve plus les livres autrefois interdits de penseurs connus tels que Rousseau, Voltaire, Montesquieu, Hume. Or la circulation n’était pas qu’une voie à sens unique. Par exemple, un catalogue publié à Lisbonne en faisait figurer le nom des oeuvres imprimées à Rio de Janeiro et qui se trouvaient en vente au Magasin de Paulo Martin et Fils, au nº 6, devant le « Chafariz do Loreto ». Au total 43 oeuvres, publiées par l’Imprimerie royale de Rio de Janeiro, parmi 12 13

Arquivo Nacional da Torre do Tombo, Maço , nº Os Caminhos dos livros, Campinas, Mercado das Letras, 19


lesquelles se distinguaient les livres techno-scientifiques, surtout les traductions de livres de mathématiques et de géométrie, imprimés à l’usage dans l’Académie Royale Militaire de Rio de Janeiro, ainsi que des mémoires scientifiques sur l’agriculture, des livres de belles lettres tels que les Ensaios (Essais) d’Alexandre Pope ou le poème Uraguai de José Basílio da Gama, des oeuvres d’économie et d’arts, les divers travaux de José da Silva Lisboa sur le commerce libre, la législation, ainsi que des thèmes variés comme l’Almanack da Cidade do Rio de Janeiro, des cartes, etc. On peut également trouver quelques annonces d’oeuvres publiées en Amérique portugaise dans des périodiques lusitains tels que le Jornal de Coimbra, édité entre Par exemple, en mai , celui-ci annonçait la vente de O Patriota, journal littéraire, politique, commercial, publié à Rio de Janeiro à cette année, dans le magasin de Paulo Martin et Fils, par le même prix qu’à Rio de Janeiro: chaque feuille à rs, et la souscription à rs par semestre, ce qui témoigne de la circulation d’idées entre les deux côtés de l’Atlantique. Le même périodique annonçait au début de des livres « qui venaient d’arriver de Rio de Janeiro » pour Paulo Martin et fils. Ces oeuvres, imprimées ici au Brésil, étaient alors vendues à Lisbonne. La liste possédait 19 titres, dont 10 concernant les belles lettres, comme le périodique lui-même O Patriota et certaines pièces relationnées à la victoire des Portugais sur les troupes napoléoniennes, par exemple O Patriotismo Acadêmico, d’Ovídio Saraiva de Carvalho e Silva, qui racontait les exploits du Corps militaire académique de Coimbra dans les invasions françaises et faisait l’éloge des nations portugaises, espagnoles et anglaises dans leur lutte commune contre les Français. Les autres c’étaient des éloges funèbres en raison de la mort de l’infant d’Espagne et du Portugal D. Pedro Carlos, marié à la fille aînée du futur D. João VI. Les autres 9 présentaient une thématique tournée vers les sciences – traités d’algèbre et de géométrie, de calcul différentiel, de physique, utilisés surtout dans l’enseignement dans les académies militaires. Curieusement, c’étaient des traductions d’auteurs français tels que Sylvestre-François Lacroix et l’abbé Haüy, faites par des Luso-Brésiliens. Il faut signaler aussi le Diário Astronômico para o ano de , calculado para o meridiano do Rio de Janeiro [Journal astronomique de l’année , calculé pour le méridien de Rio de Janeiro]. Vu l’absence d’une documentation plus spécifique concernant la sortie des livres du Brésil pour le Portugal dans cette période (introuvable jusqu’au moment de cette recherche), il a fallu rechercher des indices dans les périodiques portugais. Ainsi, quelques années plus tard, on a pu retrouver le registre de livres originaires du Brésil au Portugal dans le journal O Chronista: semanário de política, litteratura, sciências e artes, rédigé par Almeida Garret (), et, au milieu du siècle, dans le Bibliophilo (), qui dressait la liste des publications du Brésil circulant de l’autre côté de l’Atlantique. Ce relevé n’est pas encore prêt. 20


Outre ses activités comme libraire à Rio de Janeiro, Martin avait aussi d’autres affaires et était politiquement actif Il fut associé à la Compagnie d’assurances Providence, puis à la Compagnie Tranquilidade; en politique, il fut élu « compromissário » du district de Santa Rita, à Rio, en Au dire de ses familiers, il voulut rentrer au Portugal fin , mais aucun de ses frères ne voulut prendre le magasin – or João José et Inácio Augusto qui étaient déjà venus à Rio. La famille décida alors de chercher un autre parent désireux de prendre en main les affaires. Paul Martin père était déjà décédé. Le choix se porta alors sur un cousin direct des frères Martin, un neveu de Maria Madalena Bompard, le déjà nommé Jean-Baptiste Bompard. Or celui-ci n’avait alors que 20 ans. Son père était commerçant et avait été membre du Conseil des notables de la République française à Briançon ( à ). Jean Baptiste avait été envoyé étudier à Turin, en Italie, dans une région où se trouvaient déjà d’autres briançonnais, eux-mêmes aussi libraires, tels que les Gravier, une famille ayant aussi des relations étroites avec les Bompard. Rentré à Briançon quelques années plus tard (en ), Jean Baptiste accepta la proposition des Martin et partit d’abord pour Lisbonne où il resta quelques temps afin de connaître le marché des livres et de préparer sa venue à Rio de Janeiro. Suivant la tradition des familles de sa région, sans doute cherchait-il une activité hors de sa terre natale, où les possiblités de satisfaire à l’ambition des jeunes habitants étaient assez réduites. Peut-être pourrait-il compter sur la solidarité des relations de famille pour commencer sa vie dans les affaires, avec aussi une aide financière. Bompard reçut son autorisation de voyage Lisbonne-Brésil le 30 juillet , « complètement légitimé par la Police », comme il figure sur son passeport qui se trouve à l’Arquivo Histórico Ultramarino, à Lisbonne. Il arriva donc à Rio de Janeiro en décembre , d’après le Registre des étrangers de l’Intendance de police : « JOÃO BATISTA BOMPARD – Résidant à la Rua da Quitanda, nº 34, né à Briançon, 21 ans, célibataire, venu de Lisbonne en décembre , afin d’être caissier chez M. Paulo Martim Filho ». Bompard resta chez les Martin jusqu’en quand il rentra en France. Dans ses premières années dans la capitale de l’Empire portugais, il travailla comme assistant et caissier du magasin de son cousin jusqu’à la mort de celui-ci. Une annonce publiée dans le Diário do Rio de Janeiro du 17 avril , dans la rubrique Notícias particulares, indique que Bompard avait assumé le contrôle de la librairie: J.-B. Bompard, résidant à la Rua dos Pescadores, nº 14, exécuteur testamentaire de feu M. Paulo Martins, prie à tous ceux ayant laissé des oeuvres ou des papiers à vendre dans son magasin qu’ils viennent chercher leurs produits le plus tôt possible. Pour ces activités, voir Lucia Maria Bastos Pereira das Neves, “Impressores e Livreiros: Brasil, Portugal e França, ideias, cultura e poder nos primeiros anos do oitocentos”, Revista do Instituto Histórico e Geográfico Brasileiro, Rio de Janeiro, (): , avril/juin 14

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D’après les notes écrites par l’un des petits-fils de Bompard, Paulo Martin confirma son cousin comme son « héritier », mais cette information nécessite encore une investigation dans la mesure où l’on ne peut, malgré la « solidarité montagnarde et familiale », croire que les frères Martin de Lisbonne aient accepté cette succession sans vendre à Bompard d’une partie de la librairie. En fait, Jean-Baptiste poursuivit avec succès l’activité commerciale du magasin de livres, cartes et publications de Paulo Martin. Selon Hallewell, il était devenu le « libraire le plus important de la cour »15 entre , quand il prit le contrôle de la librairie, et /, quand il vendit ses affaires et rentra en France. Tout au long de ces années, Bompard continua à distribuer livres, périodiques, pamphlets et feuilles politiques, imprimés en différentes langues et destinés à différents pays, comme on peut le constater aussi bien par les annonces publiées dans le Diário do Rio de Janeiro que par le Catalogue que l’on trouve à la Biblithèque nationale de Rio de Janeiro sur la librairie Bompard, daté de Dans le premier cas, on rencontre plusieurs annonces de ventes de livres entre et , totalisant plus d’une centaine. Dans leur majorité, des oeuvres rédigées en portugais, tournées vers les belles lettres, telles qu’Amanda e Oscar, ou História da família de Dunreath, roman daté de (The children of the Abbey : a Tale), de la romancière anglaise, très connue à son époque, Regina Maria Roche. Ce roman fut pour l’écrivain brésilien José de Alencar l’un de ses modèles fictionnels, comme le fut aussi Saint-Clair das Ilhas (Saint-Clair des Îles), publié en portugais en Des oeuvres scientifiques, quelques-unes en français, notamment des textes médicaux tels que Méthode pour reconnaître des maladies, Manuel de chimie médicale, celle d’Aveubrugger (éditeur en chef du Journal de Médecine, ) et celle de Brugnatelli – Pharmacopée générale à l’usage des pharmaciens et des médecins, traduction française de l’oeuvre originale publiée en italien en Ce médecin était un ami personnel d’Alessandro Volta et se servit de l’invention de celui-ci, autrement dit la pile, pour créer la méthode connue comme galvanoplastie. D’autres annonces signalaient la vente de feuilles politiques de conjonctures historiques précédentes, entre autres: les feuilles sébastianistes (O Sebastianista desenganado à sua custa [Le sébastianiste détrompé à ses dépens], du célèbre pamphlétaire portugais José Agostinho de Macedo); les feuilles anti-napoléoniennes (O desengano do mundo ou morte de Buonaparte, encontrando este na eternidade hum rancho de Corcundas, a que se ajuntão três sonetos às extintas legiões [La désillusion du monde ou mort de Buonaparte, trouvant celui-ci dans l’éternité d’un groupe de Bossus, auquel s’ajouteront trois sonnets aux légions disparues], de José Daniel Rodrigues da Costa); et des feuilles constitutionnelles (Epístola 15

p. 48 22

Laurence Hallewell, O livro no Brasil (Sua história), São Paulo, T. A. Queiroz/Edusp, ,


sobre o Despotismo [Épître sur le despotisme]). On y trouve aussi des pamphlets et des écrits concernant la conjoncture de l’époque elle-même, tels que les Diálogos entre um Corcunda, um Constitucional e um Federativo, vindos proximamente de Pernambuco (Dialogues entre un Bossu, un Constitutionnel et un Fédératif, venus prochainement du Pernambouc)16, sur la rébellion de la Confédération de l’Équateur de ou bien des écrits sur l’Infant D. Miguel de Portugal, lors des combats entre libéraux et absolutistes dans le royaume portugais (Requerimento de José Daniel, que fez ao Sereníssimo Senhor Infante D. Miguel [Requête de José Daniel, qu’il fit au Sérénissime Seigneur Infant D. Miguel]) Il y avait encore une grande variété d’oeuvres liées à la musique telles que le Methodo de tocar viola, contendo no seu principio os preliminares de música e he succedido de lições e exercícios de bom gosto (Méthode pour jouer la viole contenant dans son principe les préliminaires de musique suivies de leçons et d’exercices de bon goût) Un avis au public, imprimé sur une feuille, annonçait la vente par 1$ dans le magasin de Bompard et des autres libraires de Rio de Janeiro du Diálogo Constitucional Brasiliense, ou a Constituição Política do Império (Dialogue constitutionnel brésilien, ou de la Constitution politique de l’Empire), littéralement réduite à un catéchisme, noté respectivement avec l’intégralité de la Loi, qui prescrit la formule de l’Acte solennel de la reconnaissance des successeurs du throne de l’Empire19, ce qui montre que les libraires s’efforçaient d’être en accord avec la conjoncture politique de l’époque. Beaucoup d’autres oeuvres étaient diffusées par les périodiques qui signalaient aussi l’arrivée des nouveaux titres venus de l’étranger, ce qui montre bien la connexion entre son établissement et les nouveautés européennes : le magasin de J.-B. Bompard « a reçu par le dernier bateau un grand nombre de livres de médecine et de politique, imprimé [sic] en en français20 » ; « Dans le magasin de livres de Bompard, Rua dos Pescadores n. 49, lui arrivent par bateau venant de la ville du Porto []21; et, « Dans le magasin de livres de Bompard [] lui sont arrivés récemment de France les oeuvres, à savoir » Cette dernière fois, c’étaient exclusivement des livres de médecine. Quant à son Catalogue, il s’agissait d’une copie manuscrite, une espèce de relevé des livres que l’établissement devait avoir. Les titres sont au nombre de C’était sans aucun

Il s’agit, probablement, de l’oeuvre de Miguel do Sacramento Gama Lopes, intitulée Diálogo entre um corcunda, um constitucional e um federativo do Equador [Dialogue entre un bossu, un constitutionnel et un fédératif de l’Equateur], publiée à Recife, en 17 Diário do Rio de Janeiro, nº 21, le 25 février 18 Diário do Rio de Janeiro, nº 10, le 18 septembre 19 Biblioteca Nacional, Divisão de Obras Raras , 5, , Aviso ao público, [s.n.t.]. 20 Diário do Rio de Janeiro, nº 7, le 8 août . 21 Diário do Rio de Janeiro, nº 9, le 10 août 22 Diário do Rio de Janeiro, nº 9, le 10 août 16

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doute un répertoire extraordinaire pour l’époque au Brésil. Si l’on compare au catalogue d’un autre libraire français important, Pierre Plancher, lui aussi établi à Rio de Janeiro et analysé par l’historien Marco Morel, on constate que celui-ci, en , exhibait titres La plupart des titres du Catalogue était en français, 64,40% du total, y compris ce que le libraire nomma en français le feuilletage. Ensuite, les livres en portugais (29,7%) et, moins importants, ceux en espagnol, en italien, en anglais et en allemand (ceux-ci se résumaient à un dictionnaire, une grammaire et un texte traduit pour l’allemand – Robinson le Jeune, un livre du XVIIIème siècle, de Joachim Heinrich Campe). ** Ce projet n’est pas terminé. D’autres recherches seront encore effectuées, par exemple dans différents périodiques portugais et français afin de bien cerner ce que fut l’envoi de livres du Brésil à l’autre côté de l’Atlantique. On peut néanmoins annoncer quelques considérations. Tout d’abord, on peut affirmer que les libraires, à ce moment du XIXème siècle, étaient non seulement des commerçants, des hommes d’affaires, mais aussi des « transmetteurs culturels actifs »24 qui contribuaient à la circulation des idées culturelles et politiques entre le Brésil et les pays de l’autre côté de l’Atlantique. On constate donc l’existence de nombreux échanges culturels survenus grâce à cette conjoncture, ce qui montre le rôle joué par les livres dans la transformation des idées en marchandise et de celles-ci en idéologie Ensuite, notre analyse montre que les liens de famille et d’affaires entre les Martin et les Bompard, tous les deux venus de la petite Briançon, confirment le réseau de solidarité qui s’établissait entre ces hommes qui négociaient les livres. Ce n’était certes pas uniquement pour des raisons affectives, mais aussi pour le pouvoir de l’argent26, toujours présent dans ces questions, ce qui explique les mariages entre familles et l’union des librairies les plus importantes de villes comme Rio de Janeiro et Lisbonne.

Marco Morel, As transformações dos Espaços Públicos. Imprensa, atores políticos e sociabilidades na cidade Imperial (), São Paulo, Hucitec, 24 Expression de Diana Cooper-Richet. Cf en Richet, Diana, Cooper-Richet, Jean-Yves Molier & Ahmed Silem (orgs), Passeurs culturels dans le monde des médias et de l’édition en Europe : XIXème et XXème, Villeurbanne, E.N.S.S.I.B., 25 Pour le concept d’idéologie, voir F. Furet & J. Ozouf, « Trois siècles de métissage culturel », Annales, Economies, Sociétés. Civilisations, Paris, 32 (3) : , mai-juin 26 Cf. Jean-Yves Mollier, O dinheiro e as letras. História do Capitalismo Editorial, São Paulo, Edusp, 23

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Hommes, livres, techniques et idées: parcours France – Brésil, Claudia Poncioni

L

(Université

Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

ors de la rencontre de notre groupe à Lisbonne, en octobre , j’avais eu l’occasion de présenter deux journaux brésiliens “socialistes”, parus l’un à Recife et l’autre à Rio, au milieu du dix-neuvième siècle. Je voulais prolonger cette recherche par une étude comparative de O Progresso, journal fondé en par Antônio Pedro de Figueiredo à Recife et de publications françaises contemporaines comme La Phalange ou Démocratie pacifique que l’ingénieur Vauthier fit connaître au Brésil. Je comptais commencer par l’analyse détaillée des originaux de la revue pernamboucaine de qu’Amaro Quintas publia en , à l’occasion de la commémoration du centenaire du Théâtre Santa Isabel à Recife. Cependant, les méandres des archives pernamboucaines sont parfois difficiles à pénétrer. Le catalogue de la Fondation Joaquim Nabuco répertoriait bien le journal O Progresso mais, vérification faite, il ne s’agissait que d’une publication postérieure reprenant en partie le titre : O Progresso, folha católica, literária e noticiosa, dont le premier exemplaire catalogué était daté de Improductive fut la recherche menée aux archives publiques Jordão Emerenciano, où à la fin des années , se trouvaient les originaux ayant servi de base à l’édition en fac-similé de Quintas : les originaux y étaient introuvables. Tout aussi infructueuse la recherche dans les archives de l’Institut Archéologique, Historique et Géographique du Pernambouc. Une bonne nouvelle me parvint enfin : le responsable de l’hémérothèque de l’Institut Historique et Géographique de Rio de Janeiro m’annonçait disposer d’une collection complète de O Progresso. Le prix annoncé pour le reproduction semblait confirmer qu’il s’agissait bien


d’originaux reproductibles au tarif étonnant de € (R$). Mais la consultation in loco du matériel montrait qu’il s’agissait une fois de plus de l’édition de Que l’ensemble des documentalistes et des archivistes consultés soit incapable de différencier une édition fac-similé de l’original ne laisse pas de surprendre Je compte à présent poursuivre mes investigations dans les archives privées d’Amaro Quintas, espérant y avoir accès lors d›un prochain voyage à Recife, sachant avec certitude que l›éditeur de eut entre les mains les originaux du dix-neuvième siècle. Quoi qu›il en soit, ma recherche est provisoirement dans une impasse, raison pour laquelle ma présentation aujourd›hui aura pour base la présence française à Recife au milieu du dix-neuvième siècle et la diffusion de livres français, plus particulièrement ceux exprimant les idées des premiers socialismes, au travers de l›action de l›ingénieur Vauthier. À son époque, la colonie française de Recife est pour l’essentiel composée de commerçants et d›artisans qui y introduisent, comme l›observe Gilberto Freyre, tout autant des produits français que des manières de vivre. Une annonce, publiée en par le Diário de Pernambuco, donne un bon exemple du type de produits français qui arrivaient au Brésil. Le Consulat vend aux enchères une partie de la cargaison du Provence qui, parti de Bordeaux pour Rio, avait fait naufrage sur les côtes pernamboucaines : Quinta-feira 17 do corrente, às 10 horas da manhã se fará a venda pública, no armazém de Lenoir Puget & Cia., rua da Cruz, por intervenção do corretor Oliveira, das fazendas abaixo declaradas em Bordeaux para o mercado do Rio de Janeiro, a bordo do navio Provence, naufragado em Lorena, a saber; espelhos, gravuras, perfumarias, relógios de cima de mesa, luvas para senhoras e homem, de várias qualidades, sapatos para senhora, painéis com relógios, coletes para homem, cassas de muito bom gosto, chitas finas, fazendas de lã, pentes de tartaruga bem sortidos, cetins, gros de nápoles, Kalan, fazenda linda de inteiramente nova para vestido de senhora, sedas para coletes, xales e lenços de seda, guarnecidos de renda, instrumentos de música, relógios de ouro e prata, brincos e anéis de ouro com esmeraldas, rubis e brilhantes, alfinetes de ouro para senhoras, de lindos gostos, com camafeu e mosaicos, bezerros1 e numerosos outros objetos de gosto muito moderno.2

Tout ceci explique que, sur l’Armorique, voyageant avec Vauthier, se trouvaient principalement des commerçants et des représentants de maisons de commerce spécialisés dans ce type de marchandises : à côté de Boulitreau, ingénieur assistant de Vauthier qui le connut à Vannes et d’Henri-Auguste Milet, un personnage de roman, trois négociants, trois commerçants et un sellier 1 2

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Cuirs de jeunes veaux. Diário de Pernambuco, 4 juin Voir Annexes, docs n° 35 e


Vauthier venait au Brésil à la demande d’un puissant homme politique pernamboucain, le baron, puis conte, de Boa Vista3, mu par une vision claire de l’intérêt collectif et capable de l’imposer à ses parents, amis, associés ou clients, caste de maîtres d’exploitations sucrières ou cotonnières, dont la myopie limitait l’horizon à la prochaine récolte. Dès son arrivée, le Français découvre la société pernamboucaine, ses dames qui lui semblent sans apprêt, qui jouent passablement bien du piano. Il note dans son journal ses première impressions, établit la liste des tâches à accomplir, des réformes à promouvoir. Il visite ses futurs subordonnés dont il pressent la propension à l’intrigue et la force d’inertie. Quand Rego Barros signale, dans son rapport annuel présenté le 1er mars à la séance inaugurale de l’Assemblée provinciale, le recrutement de deux ingénieurs français, Vauthier et Boulitreau sont au Pernambouc depuis plus de six mois et en plein travail : la transformation du couvent des Carmes en collège est en cours ; le lieu où sera construit le théâtre, choisi ; son pré-projet établi ; le levé du plan de Recife, en bonne voie Cette activité ne va pas sans réactions négatives, quelques-unes se couvrant d’un vernis patriotique, d’autres clairement xénophobes ; elles s’expriment dans des articles anonymes ou signés du pseudonyme “O Filopátria” que les Diário de Pernambuco publie en Sans doute, émanent-elles pour une part d’intérêts que la nouvelle administration des Travaux publics dérange4 : l’engagement de travailleurs libres, allemands surtout dont la compétence est louée par Vauthier dans ses rapports, va à l’encontre des habitudes de maîtres qui louaient leurs esclaves entre deux récoltes. Vauthier ne se contente pas des travaux prescrits ; il propose des projets novateurs comme l’approvisionnement en eau potable de Recife et d’Olinda, l’assainissement des marécages d’Olinda, la construction de sept milles de route de Goiana : Songé dans l’après-midi à notre grand projet du Beberibe. Fournir de l’eau à la ville; dessécher le marais d’Olinda; fournir l’eau à Olinda; donner une navigation sur le Beberibe; faire sept milles de la route de Goiana: cinq buts importants et désirables seraient ainsi atteints. Mise en trai immédiate de l’étude5.

Rego Barros, en , en exécution du contrat, nomme Vauthier directeur des Travaux publics, aux ordres directs du président. Ainsi Vauthier pourra-t-il introduire au Brésil non seulement des techniques mais des méthodes nouvelles, travailler pour le bien commun, joindre le beau à l’utile, concevoir le futur L’administration qu’il modèle et qu’il dirige est unique en son temps au Brésil. Elle adapte aux conditions Francisco do Rego Barros (Cabo de Santo Agostinho, 4 février – Recife, 4 octobre ). Voir le site de la Fundaj: http: //bringdadabeer.com et?publicationCode=16&pageCode=&textCode=&date=currentDate (consulté le 29 novembro ). 4 Voir dans les Annexes un autre document de ce type, doc. n.° 67 5 Journal de L.-L. V., note du 26 août 3

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pernamboucaines les méthodes d’organisation et de travil de l’administration française des Ponts et chaussées, projet que Vauthier dans son rapport au président de la Province présente ainsi : [] administração segundo dois princípios gerais inscritos em todas as obras da natureza: primeiro, unidade do sistema e segundo, economia nos meios necessários para alcançar o resultado determinado. A unidade do sistema no qual tudo se faz comunicando-se de um centro principal aos centros secundários, destes para os de terceira ordem e assim vai radiando do centro para a circunferência e faz vibrar com unissonância todas as partes do sistema desde as mais gerais até as mais particulares6.

Ce système centralisé de la direction de l’administration est à l’origine de nombreux mécontentements. L’application rigoureuse du règlement contrariait aussi les intérêts des propriétaires de petites exploitations sucrières ou cotonnières de la région au nord de Recife, berceau des électeurs praieiros. Du reste, les routes construites bénéficiaient principalement aux propriétaires des grands engenhos du sud de la province, zone contrôlée par les conservateurs. De plus, l’abandon du système d’adjudication, c’estàdire, de travaux à la tâche, allait à l’encontre des intérêts des petits entrepreneurs. La direction des Travaux publics devint aussi l’exécutant direct de tronçons de chaussées en utilisant des équipes de travailleurs libres. Les ressources ne provenaient déjà plus que du budget provincial mais aussi d’investisseurs nationaux ou étrangers. L’État remboursait le capital privé avec les ressources nées de taxees, de péages, etc., charges pesant sur les utilisateurs des routes. Sans doute l’emploi de travailleurs libres est-il plus couteux que l’utilisation d’équipes d’esclaves (que l’administration continuait d’ailleurs d’employer) mais ses résultats étaient indubitablement meilleurs. Ces travailleurs libres, chaussés et vêtus décemment, étaient un coup sévère pour les maîtres d’esclaves qui, comme l’explique Izabel Andrade Marson,7 entre deux récoltes, construisaient naguère à façon8, des tronçons de route, rentabilisant ainsi leur main d’oeuvre servile. Mais les projets vont bien au-delà de la simple ingénierie civile ; ils ressortent aussi à l’ingénierie sociale :

Luís L. Vauthier, “Relatório do engenheiro em chefe da província de Pernambuco”, 20 de fevereiro de In Jordão Emerenciano, “Vauthier no Arquivo Público”, Revista do Arquivo Público, Recife, Secretaria do Interior e Justiça, ano III, nº V, 7 Izabel Andrade Marson, “Política, engenharia e negócios, a polêmica atuação do engenheiro Vauthier na Repartição de Obras Públicas de Pernambuco” (), communication présentée au Colloque international interdisciplinaire, Ponts & Idées: Louis-Léger Vauthier, ingénieur français au Brésil, Fundaj, Recife, octobre 8 Voir les annonces en Annexe, docs. n.° 72 et 73 6

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Avec le Président, ce matin, longue conversation sur l’état général du Brésil. Question pivotale maintenant. Liaison des provinces au centre. Le système actuel est abominablement faux. Rien ne se fera si l’état de choses subsiste. À développer cette idée dans une brochure ou dans quelques articles de journaux. Diário de L.-L.V., anotação de 13 de janeiro de

Vauthier, notons-le, est persuadé, en parfait fouriériste, que le progrès social est une conséquence du progrès économique que le progrès technique doit procurer. Lors de ses conversations avec Boa Vista, il ne manque pas d’affirmer que l’introduction de meilleurs techniques doit s’insérer dans une conception sociale progressiste. Durant tout son séjour au Brésil, il déploiera une activité intense pour diffuser les idées de Fourier. L’analyse des listes d’abonnés aux journaux fouriéristes qu’il fait venir de France montre qu’à côté de quelques Français, figurent des Brésiliens, membres éminents du conservatisme éclairé. La diffusion de pamphlets, de livres, de revues des disciples de Fourier, fondateurs de l›école phalanstérienne, dite aussi sociétaire, s›inscrit dans l›effort de propagande des préceptes élaborés par Fourier et approfondis par ses disciples, dirigés par Victor Considerant L’école, apparue au début des années , entend appliquer et diffuser une connaissance scientifique fondée sur l’expérimentation, aspirant à construire une vie associative harmonieuse, organisée en phalanstères, fondée sur la « science de l’attraction ». Vauthier entend, par ses lectures, suivre les débats français mais également approfondir ses connaissances techniques ; ne se limitant pas au cercle fouriériste, il lit toutes sortes d’ouvrages, cherchant par là à satisfaire sa grande soif intellectuelle mais aussi à acquérir les connaissances lui permettant d’argumenter, de débattre et, finalement, de convaincre : l’adhésion ne doit pas être forcée ou venir de l’endoctrinement mais découler de l’argumentation Du fait que, pour les sociétaires, les théories de Fourier sont une science, y adhérer doit être la conséquence naturelle d’une démonstration rationnelle et convaincante. Les abonnés brésiliens aux publications de l’école étaient pour l’essentiel des membres de l’entourage de Boa Vista : Figueira de Melo, Antônio Joaquim de Sousa Castro, Francisco José da Costa, Brosser, Antônio José de Miranda Falcão, Antônio Borges da Fonseca, José Bento da Cunha Figueiredo, sans compter Soares de Azevedo, direteur du Collège Pernambucain et Antônio Pedro de Figueiredo. Journal de L.-L. V. Note du 13 janvier Victor Considerant (), polytechnicien, se consacra à la diffusion des idées de Fourier, créant en , le journal La Phalange. 11 Thomas Bouchet commente ce fait dans sa communication, “Être phalanstérien au milieu du XIX° siècle, Louis- Léger, François, Victor et les autres”, présentée au Colloque international interdisciplinaire, Ponts & Idées: Louis- Léger Vauthier, ingénieur français au Brésil, Fundaj, Recife, octobre 9 10

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Em , Cantagrel publie un livre qui fut un important instrument de la propagation du mouvement sociétaire, Le Fou du Palais Royal, oeuvre de facile compréhension et de lecture agréable qui, sous forme de dialogues philosophiques, expose et discute les principes fondamentaux de Fourier. Vauthier lut avec attention cet ouvrage qui connut un indéniable succès ; il le commente ; adresse à son ami suggestions et remarques. Il importe neuf exemplaires qu’en , il distribue à Recife. La forte présence de livres français au Brésil remonte au milieu du dix-huitième siècle et s’accentue au début du dix-neuvième. Les annonces de livres dans le Diário de Pernambuco montrent l’existence d’un marché, sans doute restreint, pour le livre dans la Province. Gilberto Freyre, dans Um engenheiro francês no Brasil, a fait un relevé minutieux de ces annonces dans les journaux du milieu du dix-neuvième siècle et montre l’importance de l’influence des livres français dans la transformation de Recife em centre d’activités politiques et sociales ; il rappelle que Frei Canaca a été fortement influencé par la culture française et que Tollemare avait noté combien les Pernamboucains cultivés connaissaient l’histoire de la Révolution française À Recife, premier port touché par les bateaux venus d’Europe, arrivaient quantité de livres étrangers, sans oublier bien sûr les portugais. La ville dispose de sociétés et de cabinets de lecture dont les bibliothèques sont alimentées par les membres, comme le Cabinet Littéraire de Pernambouc ou des librairies comme celles de João da Cunha Magalhães, sise rue Cadeia do Recife, ou de Manoel , au carrefour du Collège, où il était même possible d›échanger des livres podem “pour autant qu’il ne leur manque pas de feuilles” Sont disponibles des livres d’auteurs français, en français ou en traduction, traitant tout aussi bien de littérature que de technique, de droit, de philosophie, de pédagogie D’ailleurs qui est quelque peu instruit lit la langue de Molière à défaut de la parler. Aussi Vauthier annonce-t-il dans le Diário la vente de livres français disponibles à la librairie Figueiroa Faria Publicações da escola societária Acabam de chegar da França algumas obras desta escola filosófica, que numa forma clara apresentam as mais nobres e justas ideias sobre o estado presente e futuro da humanidade, e cuja leitura portanto pode ser da maior utilidade para os homens de todos os credos políticos; elas vendem-se nesta tipografia pelos preços seguintes: Débâcle de la Politique, 1$22rs; Notions elémentaires de la Science Sociale, 1$rs; Almanach Phalanstérien, r$; Les enfants du Phalanstère, r$; Petit cours d’économie politique, r$; De la Politique Nouvelle, r$ 12 13 14

n.°

15

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Gilberto Freyre, Um engenheiro francês no Brasil, op. cit., p. Diário de Pernambuco, 7 avril La Librairie du Collège annonçait fréquemment la mise en vente de livres. Voir Annexes, doc.

Diário de Pernambuco, 17 juillet


Ou encore: Publicações da escola societária. Além das obras da dita escola, anunciadas anteriormente por este Diário, e que tiveram já muita extração, acabam de chegar de França e vendem-se nesta tipografia, pelo preço mais cômodo, as interessantes obras seguintes: Trois discours; Vie de Charles Fourier; Exposition Abrégée du système de Fourier; Examen en défense du même; Le sept avril; Colonisation de Madagascar; Des Caisses d’épargne. Acham-se depositados na praça da Independência, livraria nº 6 e 8, alguns catálogos das obras completas da Escola, e há quem se encarregue de as fornecer às pessoas que desejarem entrar no perfeito conhecimento do sistema societário

Vauthier prête ses livres à ceux qui ne peuvent les acheter comme en témoigne cette annonce publiée quelques jours avant son retour en France : L.-L. Vauthier, estando para embarcar até o dia 12 do corrente, roga a todas as pessoas, em cujas bibliotecas existam livros pertencentes ao anunciante que se sirvam devolvê-los17

Ainsi son action de diffuseur des ouvrages fouriéristes ne se limite-t-elle pas aux abonnements qu’il fait souscrire ni aux livres qu’il fait mettre en vente ; elle va jusqu’au prêt de ses pauvres livres. Elle ne se limite pas non plus à Recife : Vauthier est en relations avec Carlo Poggetti (dont son frère Eugène fit la connaissance en décembre sur le Casimir Delavigne qui les amenait du Havre au Brésil), imprimeur et libraire, depuis , à Bahia et dont la boutique devint le lieu de prédilection des intellectuels de la ville18 Un prochain séjour à Recife, en novembre prochain, devra permettre la reprise de la recherche relative à O Progresso, cette fois dans les archives d’Amaro Quintas. Ce sera également l’occasion de donner suíte de poursuivre la piste des livres “sociétaires” importes par Vauthier. Avec un peu d’optismisme, j’espère pouvoir lors de notre prochaine rencontre, vous présenter un état plus avancé de mes recherches.

16 17 8

Ibid., 5 novembre Ibid., 11 novembre Ubiratan Machado, A etiqueta de livros no Brasil (São Paulo: Edusp, ), p. 24 31


La librairie Garnier au Brésil: cette histoire se fait avec des hommes et des livres1 Lúcia Granja

(Universidade Estadual Paulista)2 1 – Des hommes

L

es recherches que nous avons entreprises au sein du projet thématique FAPESP « La circulation transatlantique du livre : la mondialisation de la culture au XIXème siècle » nous ont récemment indiquées que, pour mieux connaître l’histoire de la circulation des livres, notamment de littérature brésilienne au XIXème siècle, nous aurons besoin de raconter aussi l’histoire de quelques hommes, plus précisément, de la famille Garnier au Brésil. Baptiste-Louis Garnier, comme on le sait, a laissé la France à la fin des années pour s’installer à Rio de Janeiro, où il est resté pendant un demi-siècle, dans sa librairie, “au pied d’un bureau, au fond, à gauche, entre ses livres, correspondance, factures et toute son écriture comptable (…) “, comme nous l’a décrit Machado de Assis, le plus important écrivain brésilien, dans la chronique-nécrologique qu’il a écrit à l’occasion du décès de Baptise-Louis Garnier, en Très actif, méthodique, économe, grave (mais aimable), homme d’habitudes régulières, Baptiste-Louis Garnier, a dominé le commerce du livre à Rio de Janeiro dans la deuxième moitié du XIXème siècle3. Tout au long des années où il a vécu et travaillé au Brésil, Baptiste-Louis Garnier a été médaillé par l’empereur Don Pedro II avec le titre honorifique de la Ordem da Rosa, pour services rendus aux lettres

Le titre de l’article reprend la phrase de Monteiro Lobato, écrivain-éditeur brésilien: “Un país se faz com homens e livros”. 2 Ce travail est développé avec le soutien de la FAPESP du CNPq. 3 Ernesto de SENNA. O velho comércio do Rio de Janeiro. Rio de Janeiro, G. Ermakoff Casa Editorial , p. Réédition de la première, publié par la Maison Garnier en 1


brésiliennes puisque, au-delà d’importateur et distributeur d’une vaste gamme de livres étrangers (principalement français), il a été l’éditeur de ceux qui deviendraient les grands écrivains brésiliens du XIXème (Machado de Assis, Joaquim Manuel de Macedo, José de Alencar, Bernardo Guimarães, parmi des dizaines d›autres). Il a eu, en fin de compte, la responsabilité de la publication de ouvrages d’écrivains brésiliens4, pendant la deuxième moitié du XIXème siècle. Pour compléter ce cadre, nous avons eu récemment des pistes qui nous ont amené vers quelques nouvelles données sur l’histoire personnelle du libraire-éditeur et qui nous ouvriront des sentiers pour la recherche sur l’histoire du livre et sa circulation. Une partie du matériel de recherche sur la libraire Garnier du Rio est conservée dans des bibliothèques et Archives françaises car, tout au long des plus de quarante années où Garnier s’est occupé du marché des éditions et du commerce des livres à partir de la capitale de l’empire brésilien, le libraire-éditeur a fait durer des liaisons commerciales avec la France5. En outre, comme il est décédé sans laisser d’héritiers au Brésil, ce sont ses frères et neveux qui ont hérité de toute la fortune accumulée avec ses affaires autour du livre. Certaines sources disponibles dans l’Arquivo Nacional et la Biblioteca Nacional do Rio de Janeiro nous ont indiqué que des pistes devraient être suivies de l’autre coté de l’Atlantique6, la plus importante étant que B. L. Garnier, comme on l’a découvert dans une procuration enregistrée a Paris, a gardé, en France, le même notaire que ses frères7. Ainsi, quelques documents sur lesquels ont travaillé les notaires parisiens nous instruisent sur les activités du libraire et de la librairie de la Rua do Ouvidor. Ce qui nous intéresserait, surtout, c’est l’inventaire post-mortem de Baptiste-Louis, ou bien son testament, documents que nous cherchons encore. Sans nous laisser des pistes sur les sources qu’il a utilisées, le mémorialiste Luiz Edmundo nous dit dans son récit de que le libraire Garnier (…) est mort en ayant laissé environs sept mil contos de réis [sept millions de réis], dans une époque où les librairies, telle quelle celle de Briguet, étaient montés aves dix de réis, léguant son immense fortune à son frère, qui était déjà riche comme Crésus, libraire à Paris. Pour sa pauvre compagne, il n’a laissé que quatre-vingt contos SENNA, Ibidem, p. 56 et HALLEWELL, Ibidem, p. Hallewell, op. cit., p. ; Eliana de Freitas Dutra, “Leitores de além-mar: a Editora Garnier e sua aventura editorial no Brasil”. In: Marcia Abreu e Aníbal Bragança (orgs.). Impresso no Brasil. São Paulo, Editora da UNESP, , pp. ; Eliana de Freitas Dutra, Rebeldes literários da República, Belo Horizonte, editora UFMG, , pp. 6 Cette recherche a déjà débuté lors d’un séjour de deux mois à Paris (juin et juillet ). Il a été réuni quelques documents que nous analysons en ce moment, qui concernent la succession de la famille Garnier. Nous donnerons suite à ce travail pendant un nouveau stage de post-doc, entre octobre et février 7 Biblioteca Nacional do Rio de Janeiro, Seção de Manuscritos, 48, , nº 8 Luiz Edmundo. O Rio de Janeiro do meu tempo. Brasília: Senado Federal, 4 5

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Du côté de la succession, pour rendre un tout petit peu plus clair le témoignage de Luiz Edmundo, il faut préciser que, quand Baptiste-Louis Garnier a disparu, deux de ses frères étaient encore vivants, Pierre-Auguste, décédé en , et Hippolyte, qui est resté jusqu’en Auguste, le principal partenaire d’Hippolyte dans les affaires du livre, était mort dès Nous ne nous étendrons pas ici sur l’histoire des frères, parce que c’est la partie de relations familiales qui est la mieux connue9. Dans le même temps, une procuration donnée à Julien Lansac en décembre , trois mois après la mort de Garnier, nous raconte déjà certaines autres histoires liées à la succession dont nous sommes en quête, puisque Lansac représenterait à Rio les intérêts des frères encore en vie et ceux d’autres descendants. Ce document nous permet de savoir qu’un des neveux de Garnier, Emile Auguste, vécut à Rio de Janeiro dans les années et que deux de ses trois fils, petits-neveux du libraire de la Rua do Ouvidor, sont nés dans cette ville : Auguste Emile Garnier, le 20 octobre , décrit en comme employé de librairie, résidant à Paris et Pauline Aimée Garnier, soeur d’Auguste Emile, née le 27 novembre Est-ce que Emile Auguste, le père de ces deux enfants, décrit comme un employé de Commerce, mort le 28 janvier à bord de la vapeur Valparaíso sur le chemin du retour vers l’Europe, était à Rio pour travailler pour son oncle libraire ? Si cela est vrai, Baptiste-Louis n’a pas été alors la figure solitaire que nous décrivent les témoignages de l’époque. D’autres indices nous indiquent que Baptiste-Louis Garnier a eu des membres de sa famille de la Manche à son côté à Rio, mais il faut qu’on continue à travailler sur ce thème en examinant d’autres sources qui nous avons collectées à partir de la procuration mentionnée. En revanche, quand on lit le document donné à Lansac, nous voyons que cette procuration l’autorisait : procéder à l’inventaire de Baptiste-Louis ; prendre connaissance des forces et charges de la succession ; vendre les biens mobiliers et immobiliers de Garnier ; recevoir tous les sommes et payer tous les montants inclus dans la succession ; entendre, débattre, clore et arrêter tous les comptes avec tous les créanciers, débiteurs et dépositaires ; recevoir et retirer la correspondance et colis, entre autres activités. La procuration, il nous semble, indique alors une liquidation complète de l’entreprise de Baptiste-Louis, en plus de montrer une confiance extrême des libraires Garnier de Paris à Lansac. Cela étant, on se demande quand est-ce que, et à partir de quelles informations recueillies par Lansac, les frères de Paris auraient décidé de maintenir la maison commerciale à Rio et, en plus, d’investir en elle ? Rappelons-nous que, comme nous raconte Hallewell, Hippolyte a érigée pour la librairie, à la fin du siècle, un bâtiment magnifique, de quatre étages, dans la Rua do Ouvidor, inaugurée avec une soirée de gala le 9 janvier Conferir, por exemplo, Jean-Yves Mollier, O dinheiro e as letras, São Paulo, Edusp, , pp. e Laurence Hallewell, op. cit. 9

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Hallewell nous parle de la présence de Lansac comme manager de la librairie à Rio à partir de , mais, comme on peut le voir, le français est arrivé à Rio bien avant et prenant en charge la succession de Baptiste-Louis, s’est forgé une vision complète de l’entreprise. L’histoire de cette période de la librairie, entre la véritable date d’arrivée de Lansac, l’inventaire de Baptiste-Louis et la décision de reconstruire l’Empire Garnier de la Rua do Ouvidor, continuera à être éclairci dans le cadre de ce projet de coopération en recherche. 2- Livres – indices de la circulation de la littérature brésilienne L’autre partie de l’histoire des relations entre Baptiste-Louis Garnier et celles de la circulation des imprimés doit être racontée, comme on peut l’imaginer, à partir des livres. Les écrivains brésiliens de la deuxième moitié du XIXème se sont vite rendus compte des opportunités que l’entreprise de Garnier leur ouvrait. D’abord, il avait une motivation simple à tout cela : la qualité des impressions. L’écrivain romantique brésilien José de Alencar, s’est plaint quelques fois des difficultés qu’il avait eu à l’époque où il a essayé de publier ses romans, à ses propres frais, avant les contrats qu’il a passé avec la Maison Garnier. Dans son autobiographie, il explique que: « Si j’avais eu la fortune de trouver des bons ateliers, bien équipés, en comptant sur des réviseurs habiles, mes livres auraient pu sortir sans défaut » De même, dans le postface à la deuxième édition de l’un de ses principaux romans, Iracema, il nous dit: Cette deuxième édition sort dégagée de quelques problèmes qui étaient abondants dans la première; cependant, en ce qui concerne les fautes typographiques de l’imprimé, elle sera, sans doute, moins correcte. Nos ateliers typographiques n’ont pas des bons réviseurs ; l’auteur lui-même n’est pas rompu à cet art ardu. Entièrement préoccupé de l’idée ou du style, il a peu d’attention à dédier à cette partie ortographique du livre

Chez Garnier, ces problèmes étaient moins importants parce que l’une de ses stratégies commerciales s’appuyait justement sur la qualité de ses produits. Les exemplaires, par exemple, de la Vulgate, traduite directement en portugais par le prêtre Antonio Pereira Figueiredo, étaient annoncées comme parfaitement imprimées et richement illustrées Pour parvenir à construire le lien entre son monde commercial et le monde de l’imprimé français, Baptiste-Louis Garnier a bien su profiter d’une infortune dans la vie d’un journaliste brésilien habitant à Paris, José Lopes da Silva Trovão ; ce dernier était le correspondant du journal 10

p.

11 12

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José de ALENCAR. Como e porque sou romancista. Salvador, BA, Progresso Editora, , José de ALENCAR. Obra Completa. 3º vol. Rio de Janeiro, Editora Aguilar, , p. HALLEWELL, Ibidem, p.


O Globo, et se trouvait en difficulté après la fermeture de ce périodique. Garnier l’a recruté comme réviseur d’épreuve de sa maison d’édition, tout en résidant à Paris, pour corriger les publications de la maison du « Garnier du Brésil » Dans les ateliers typographiques français, on sortait dans les presses la littérature écrite au Brésil et cela confirmait, une fois encore, que Paris était la « capitale éditoriale du monde lusophone dans la première moitié du XIXème siècle », comme l’a définit Dianna Cooper-Richet Si ce fait compte beaucoup pour qu’on considère cette ville, ainsi que toute la France, comme fondamentaux pour l’histoire de la production et de la circulation des imprimés en plusieurs langues à l’époque, cela explique aussi comment les écrivains américains ont commencé à nourrir le rêve de voir leurs textes y circuler un jour, pas seulement dans des presses des ateliers, mais également traduits en français. D’autres pistes de la présence, en France, de cette littérature qui s’affirmait comme brésilienne, en suivant les tendances du nationalisme de l’époque, sont des catalogues de la librairie de Baptiste-Louis Garnier, conservés et consultables à la Bibliothèque Nationale de France, déjà analysés dans leur importance par Eliana Dutra Pour les lire dans le contexte de la circulation du livre, il faut penser que si ces petites brochures y figurent, c’est parce qu’elles ont été elles-mêmes imprimées en France et, dans ce cas, on peut penser qu’elles pouvaient, en plus de concerner le public brésilien, offrir également cette littérature à un public lusophone habitant à Paris. L’analyse détaillée de l’un des catalogues, le 23, dont on presentera ici un échantillon, nous aidera dans la reconstitution de l’histoire de la circulation des livres brésiliens produits par Garnier en France. Ce document, non daté, a certainement été publié après , car il annonce l’une des principales innovations de B-L Garnier, o Jornal das Famílias, dont le premier exemplaire est sorti en janvier Ce petit cahier conservé à la B.N.F. parait être un extrait de catalogue, c’est-à-dire, un catalogue réduit qui présente les oeuvres principales qu’il y avait chez B. L. Garnier, comme on le voit par le titre affiché sur sa couverture :

SENNA, Ibidem, p. 57 et HALLEWELL, Ibidem, p. Eliana de Freitas Dutra, “Leitores de além-mar: a Editora Garnier e sua aventura editorial no Brasil”. In: Marcia Abreu e Aníbal Bragança (orgs.). Op. cit., pp. São Paulo, Editora da UNESP, , pp. 13 14

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Fig. 1: Catalogue de la Librairie B. L. Garnier à Rio de Janeiro, 69, Rua do Ouvidor, sans date de publication, no. 23, même Maison à la rue de Saints Pères 6 et Palays Royal. Bilbiothèque Nationale de France, série 8Q10B.

En le lisant et analysant, on voit qu’il s’organise de la façon suivante : Livros de Educação, Clássicos de Instrução, etc. (Livres d’Éducation, Classiques de l’isntruction, etc) ; Poesias, Literatura (Poésies, Littérature) ; Romances, Novelas, etc. (Romans, Contes, etc ) ; Peças de Teatro (Pièces de Theâtre) ; Obras diversas (Oeuvres diverses). Apparemment, en ce temps-là, Garnier, comme éditeur de livres brésiliens, investissait fortement dans les oeuvres didactiques et dans la poésie, genres de publication qui inventoriaient parmi ses titres la plupart des nouveautés que lui-même publiait. Pour les livres de « Poésies et Littérature », les titres cidessous nous donne une idée générale de ce qu’il ne faisait que vendre et des ouvrages sur lesquels il avait travaillé comme éditeur (en gras dans la liste) Ces exemples sont extraits du Catalogue de la Librairie B. L. Garnier à Rio de Janeiro, 69, Rua do Ouvidor, sans date de publication, no. 23, même Maison à la rue de Saints Pères 6 et Palays Royal, Source : Bibliothèque Nationale de France, serie 8Q10B. 15

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Oeuvres dans le catalogue B. L. Garnier de Poésies, littérature etc. Assumpção (A), poema composto () por Fr. Francisco de S. Carlos; nova edição precedida da biographia do autor e d’un juizo critico sobre a obra pelo conego Dr. bringdadabeer.comes Pinheiro. () Cinzas d’un livro, fragmentos d’un livro inedito, por Bruno Seabra. Dores e flores, poesias de Augusto Emilio Zaluar. Flores e fructos, poesias de Bruno Seabra. Flores entre espinhos, contos poeticos por J. Norberto de S. S. Flores sylvestres, poesias, por F. L. Bittencourt Sampaio () Harmonias Brasileiras, cantos nacionaes, colligidos e publicados por Antonio Joaquim de Macedo Soares O Livro de meus amores, poesias eróticas de J. Norberto de Souza Silva () Magalhaes (Dr. J. G. de). Factos do espirito humano, philosophia () Magalhaes (Dr. J. G. de). Suspiros poeticos e saudades () Marilia de Dirceu, por Thomaz Antonio Gonzaga, nova edição dada pelo Sr. J. Norberto de Souza Silva, com estampas () Novaes (Faustino Xavier de) Poesias, segunda edição Novaes (Faustino) Novas Poesias acompanhadas de um juizo critico de Camilo Castelo Branco () Obras do Bacharel M. A. Alvares de Azevedo, precedidas de um discurso biographico, e acompanhadas de notas, pelo Dr. D. Jacy Monteiro, terceira edição correta e augmentada com as obras ineditas, e um apendice contendo discursos e artigos feitos por occasião da morte do autor (..) 39



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